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05.07.2008

L'oeuf du soleil

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Quels voyageurs, nos arbres fruitiers ! vous en doutez ? Voici l'ABRICOT pour vous le prouver.

Depuis son berceau chinois jusqu'à notre table, il emprunte le chemin de la Perse, où il est surnommé "oeuf du soleil", et de l'Arménie, au gré des conquêtes d'Alexandre le Grand, puis des légions romaines. L'étymologie de son nom, qui évoque la précocité de sa floraison, glisse du grec au latin et à l'arabe avant de rentrer en Europe par la péninsule ibérique. On attribue souvent aux Croisés, de retour de Terre Sainte (XIè siècle), son importation en France. Pourtant, une récente étude archéobotanique a montré qu'il était cultivé en Languedoc dès le 1er siècle après J.-C. avant de disparaître lors des Grandes Invasions.

C'est officiellement le Roi René, bref héritier du royaume de Naples, qui aurait apporté au milieu du XVè siècle l'abricotier que nous connaissons. Soupçonné de donner la fièvre, la drupe sirupeuse ne séduit pas. Son implantation dans le potager de Versailles par de La Quintinie, jardinier de Louis XIV, l'intronise enfin. Jugé digne du palais royal, il explose alors en de nombreuses variétés. Le XIXè siècle en dénombre une cinquantaine, la plupart françaises, qui s'enracinent jusqu'en Californie.

Chez nous, longtemps planté en culture d'appoint avec la vigne, l'abricotier profite de la maladie du phylloxéra (1863). C'est le village de Caromb qui, en Comtat, se lance le premier dans l'arboriculture fruitière. Cerises, pêches, prunes, figues, poires et surtout abricots alimentent alors son marché bientôt célèbre dans toute la région. En 1900, s'y écoulent plus de 1500 tonnes d'abricots et 723 tonnes de cerises qui alimentent aussi localement une important industrie de la conserve. Mais l'abricotier traîne une mauvaise réputation de fruitier versatile, tantôt prodigue, tantôt avaricieux. Pour donner, il pose ses exigences climatiques : un hiver bien affirmé, des gelées pas trop tardives et un printemps arrosé sans excès. Généreuse en 2006, la récolte de l'an dernier vous a sans doute laissés sur votre faim.

Le gel de 1956 accentue la tendance. Notre abricotier résiste encore quelque temps dans les Dentelles avant de céder face aux appellation viticoles. Pourtant, le Poman rosé, baptisé ici Rosé de Suzette, fournit une succulente friandise naturelle très prisée des confiseurs aptésiens. Le village du Barroux accueille lui aussi un important marché de l'abricot. Dans les années cinquante, cinquante tonnes de fruits se négocient sur le cours à la belle saison. Depuis treize ans, chaque 14 juillet la Fête de l'abricot y perpétue le souvenir de cette délicieuse époque.

Nostalgiques de pulpe velouté, sachez que l'abricot n'a pas déserté notre terroir. Troisième bassin de production national, le Ventoux en fournit encore, de fin juin à fin juillet, quelque 20000 tonnes dans les variétés Orangé de Provence (appelé aussi polonais), Lambertin, Orangered, Bergeron et Harogem.

A savourer sans modération.

(Article paru dans Intercom)