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08.07.2008
Le combat entre sel et eau douce
l'équilibre précaire de la réserve naturelle de la Camargue se joue entre les flôts d'eau douce déversés par les riziculteurs et les marais salants des saliniers

Sous son apparente monotonie, la Camargue abrite bien des combats. Ceux des hommes et de leurs intérêts vitaux y heurtent ceux d'une nature foisonnante et menacée. Le plus farouche de ces affrontements est sans conteste celui de l'eau douce contre le sel. C'est lui qui, du Nord fluvial et agricole au Sud marin, raconte la nature de Camargue, son exceptionnelle qualité et en même temps;son extrême fragilité.
Un delta, c'est d'abord l'histoire d'un fleuve. Celui-ci est né des divagations du Rhône qui, dans ses errements, laissa des dépressions emplies d'eau douce et bordées de roseaux, renoncules et iris. Unique et inépuisable réservoir de nourritures, ces roselières accueillent l'hiver des dizaines de milliers de canards qui s'y restaurent la nuit, après avoir dormi le jour, sur les étangs salés. Au printemps des centaines de hérons et d'aigrettes garzettes en robe blanche y fouillent inlassablement la vase.
Plus au sud, la nappe phréatique recule devant les assauts du sel. C'est le domaine des "pelouses" et de la sansouvre, espace incertain, dont la configuration varie au rythme des saisons. D'avril à septembre, l'eau douce s'évapore et le sel venu des profondeurs géologiques exsude. La salicorne pourpre à l'automne, la pâle obione, la soude aux feuilles minuscules, servent de refuge aux nichées de fauvettes à lunettes, défendues de toute incursion humaine par des colonies de moustiques.
Chevaux et taureaux se régalent dans ces paturages jusqu'à la fin de l'été. Entièrement desséchée la croûte salée devient un véritable désert ... Il faudra attendre les pluies d'automne pour que la sansouvre redevienne vasière, pour le plus grand bonheur des limicoles venues faire des provisions avant de rejoindre l'Afrique. Autour de Salin-de-Giraud, paressent les lagunes. Isolées du large par la digue en mer, elles offrent leurs territoires aux flamants. Dix mille couples, chaque année, nichent sur l'ilôt articiciel du Fangassier. Un mois plus tard, l'ilôt est devenu nursery et il faut assurer la pitance des oisillons. On voit alors les flamants fouiller les étangs pour y trouver les artémias, minuscules invertébrés qui colorent leurs ailes de feu ...
Reste, au centre, le plus fragile, la zone tampon entre le sel et l'eau douce, les étangs saumâtres, dont le plus vaste est le Vaccarès : 6.000 hectares protégés par la réserve nationale pour accueillir, d'août à avril, les dizaines d'oiseaux migrateurs.

Canards, foulques, grèbes, fuyant les chutes de température de l'Europe du Nord, sternes remontés d'Afrique, pour nicher ...
Mais les poissons aussi ont besoin de ces eaux, pour y circuler comme les anguilles, ou s'y fortifier comme les jeunes dorades et les loups.
Et pourtant, l'équilibre précaire de cet étang est au bord de la rupture. Submergé en 1993 et 1994 par les inondations auxquelles ont succédé les pluies de l'hiver trop doux, le Vaccarès perd son sel.
Pour l'instant, l'industrie du sel résiste, comme les responsables de la réserve et les pécheurs qui voudraient bien faire entrer un peu de mer dans cette terre : la mer seulement ...
(GEO - Priovence Nature - M.Ch. Deprund)
15:10 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


